Livre jeunesse: conseil de lecture de Mathilde

Ouvrir les yeux
Little Eyes, de Katsumi Komagata
Kaïsei-Sha, 1990

Livre d'éveil dès la naissance

© Kaïsei-sha, 1990

Commençons du tout début de la vie, lorsque notre œil de nouveau-né s’adapte encore à la profusion de l’environnement qui l’entoure. Le bébé voit flou, distingue surtout les contrastes marqués et s’attache surtout aux visages et aux contours des objets. À la naissance de sa fille, c’est la constatation qui a poussé Kastumi Kogamagata à développer pour elle ses premiers livres pour enfants. Son tout premier, et celui dont je veux vous parler pour le moment, c’est Little Eyes, un jeu de cartes qui part de la vision du nouveau-né pour enrichir sa perception, et lui proposer d’autres pistes.

« Quand ma fille a commencé à me regarder fixement, je me suis dit que je ne pouvais me contenter de la bercer. C’est ainsi que sont nées mes cartes. À cet âge, le bébé ne discerne pas encore bien les couleurs, il réagit davantage aux contrastes et aux formes simples. La première carte ressemble au sein de sa mère. Pendant la grossesse, les mamelons de la mère gonflent et foncent, ils prennent une forme facile à identifier pour les yeux du bébé. Cette forme symbolise la confiance entre la mère et son enfant, comme un message qui lui est destiné.

Avec Little Eyes, Katsumi Komagata propose un des tout premiers livres adaptés aux nourrissons, et démontre une démarche pleine d’intelligence et de respect du rythme de l’enfant. Il a d’ailleurs développé le livre en expérimentant avec ses filles les formes et les suites qui retenaient le plus son attention. Plus tard, ces cartes peuvent être utilisées pour découvrir les formes, en passant le doigt sur les bords, par exemple. D’autres cartes en couleurs suivirent le premier travail, des livres illustrés, y compris pour les enfants malvoyants ou atteints de trouble de la perception des couleurs. Ce travail est assez rare pour être souligné !

Chercher l’émerveillement 
Little Eyes, L’écureuil et la première neige de Sébastien Meschenmoser
Traduit par Julie Duteuil, publié par Minedition, 2009

livre littérature jeunesse

© Minedition, 2009

C’est le livre de la découverte, et une petite pépite pour l’hiver.

Depuis que le bouc lui a raconté combien l’hiver était beau lorsque la neige blanche tombait du ciel, monsieur l’écureuil ne veut pas dormir, et décide de rester éveillé pour voir ça de ses propres yeux. Il réveille son ami le hérisson, et ils trouvent ensemble des stratégies pour ne pas se rendormir. Puis l’ours se réveille à son tour, les ayant entendu chanter et ayant bien compris qu’il ne serait pas tranquille avant que l’hiver n’arrive. Les trois compères restent vigilants. Mais et s’ils l’avaient manquée ? Et si elle était déjà tombée sans qu’ils ne le sachent ? Qu’est-ce qui est blanc, humide et froid, et que l’on trouve dans la forêt ? Chacun fait ses pronostics, jusqu’à ce que les flocons tombent du ciel…

livre littérature jeunesse

Sebastian Meschenmoser est à la fois peintre et auteur de livres pour enfants et, c’est ce qui frappe au premier coup d’œil, il a un superbe trait de crayon. On sent dans la précision de ses dessins toute l’énergie et la curiosité de l’écureuil qui prend vie. Remonte à la mémoire le plaisir de la découverte et cette impatience de l’enfance. J’aimerais encadrer certaines de ces pages, tant pour leur poésie que pour les postures expressives des animaux.

livre littérature jeunesse

La recherche de la neige, naïve et fantasque, est une bonne occasion pour rire avec le petit lecteur et guider, ensemble, l’écureuil vers le but de sa découverte.

Être tout à la fois
Fort comme un ours de Katrin Stangl 
Publié par Albin Michel Jeunesse, traduction non précisée, 2013.

livre littérature jeunesse

© Albin Michel Jeunesse, 2013

Qui peut être fort comme un ours et libre comme un oiseau ? Qui semble parfois affamé comme le loup, et timide comme un chevreuil ? Et qui est sale comme un cochon ? Mais aussi intelligent que le renard ?</p

livre littérature jeunesse

L’enfant rassemble toutes ces facettes, il change de visage, et s’approprie dans cet album de Katrin Stangl les forces et les faiblesses des animaux. Chaque page associe l’enfant à un trait de personnalité, et au fil des pages, au fil des illustrations se dessine le portrait d’un être changeant, multiple, impossible à résumer. En fonction des humeurs et de ses envies, le petit lecteur pourra s’attribuer l’un ou l’autre des animaux, reprendre son cri, le mimer, et s’approprier les émotions qui le traversent.

livre littérature jeunesse

Il faut rendre justice au superbe travail de l’illustratrice allemande Katrin Stangl. Sur chaque page, les couleurs, peintes séparément, sautent aux yeux et les formes se dégagent très nettement. Parfois, il m’a fallu toucher le papier, même si je voyais bien qu’il n’y avait pas de relief, tant l’illustration rendait un effet rugueux et attachant. On sent l’attachement de Katrin Stangl aux techniques de gravures (même si pour cet album elle explique avoir utilisé une technique proche de la sérigraphie). Sa maîtrise et son attention à chaque aspect du livre – pour l’édition française, elle a réécrit elle-même tout le texte avec sa propre typographie – font de cet album une œuvre qui impressionne petits et grands.

Mathilde Lebreux

Professionnelle du livre, je m’intéresse particulièrement à littérature jeunesse pour sa diversité et sa créativité. Partagée entre le monde du livre francophone et germanophone, je suis convaincue par la faculté des livres à construire un pont entre les cultures. Je pense que les histoires qui nous fascinent et les images qui nous inspirent façonnent aussi notre rapport au monde, et qu’on n’est jamais trop jeune pour entrer en contact avec les livres qui nous construiront plus tard. Chercher et trouver ces livres est un plaisir au quotidien.

 

 

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