Mon enfant refuse de prêter ses jouets : comment lui apprendre à partager ?

Quand on est parent, on attend avec impatience les premiers mots de notre enfant, ses premières marques d’affection, ses premières blagues… Depuis plusieurs mois maintenant, ma fille nous ouvre son cœur avec des mots d’amour: des “Maman, je t’aime” par-ci ou “Maman, je t’aime grand comme ça ! ” par-là, en échos à l’un de ses livres préférés «Devine combien je t’aime» de Sam Mc Bratney et Anita Jeram. Tous les matins au réveil, nous avons également droit à des gestes de tendresse(des caresses accompagnées d’Enoooooorme bisous). Je pense que ce sont tous ces bons moments qui me font dire qu’être parent, c’est extraordinaire.

Evidemment, les journées avec un enfant en bas âge ne se résume pas qu’à cela, ça se saurait n’est-ce pas ? Chez nous, nous expérimentons la phase d’opposition avec son lot de grosse colère et de refus systématique. Je vous en parlais d’ailleurs dans cet article : «Non!: La phase d’opposition ou voie vers l’autonomie 2/2». Et depuis peu, nous devons faire face à des crises instantanées chaque fois qu’un de ses amis veut s’amuser avec ses jouets ou que l’un de nous (son père ou moi) est trop proche d’un autre enfant. C’est ce point que je souhaiterai aborder avec vous aujourd’hui. Comment réagir quand notre enfant ne veut pas prêter ou partager ? Est-ce les signes avant-coureurs de son manque de générosité ou d’égoïsme ?

Nous avons tous, des valeurs fondamentales que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Ces valeurs varient selon les familles et l’éducation que nous avons nous-mêmes reçue. Pour nous, l’une de ces valeurs est le partage dont découle les notions de solidarité humaine et d’entraide. Quel ne fut pas mon desarroi lorsque que j’ai constaté que ma fille ne voulait pas spontanément partager ses jouets ou tout autre objet lui appartenant. Ma réaction a tout d’abord été maladroite, en lui imposant de prêter à son ami l’objet du conflit. Mais cette méthode n’a absolument pas fonctionnée. Avec le recul, je pense que j’avais peur du regard des autres parents sur ma fille. Peur qu’elle soit considérée comme une enfant égoïste ou capricieuse. Je me suis alors tourné vers mes livres sur l’éducation comme tout parent qui se respecte☺️. Et là, ce fut le GRAND soulagement !

J’ai alors appris qu’il ne s’agissait ni d’un comportement égoïste, ni de caprices. Qu’avant l’âge de 3 ans, l’enfant n’a pas encore saisi la notion de propriété et que cette période pouvait se prolonger jusqu’à  ses 4 ans. Dans son livre intitulé «J’ai tout essayé», Isabelle Filliozat nous l’explique clairement :

“Ni égoïsme, ni caprice, l’enfant commence tout juste à explorer les frontières entre moi et l’autre. Il ne saisit pas bien la différence entre je, me, moi, mien, tu, toi, tien. Il défend son territoire, s’identifie à ses jouets et ne veut pas les laisser à autrui. Mais attention « c’est à moi » ne signifie pas vraiment une possession au sens où un adulte le pense ”

Isabelle Filliozat

Que plus nous obligeons nos enfants à partager, plus cela renforce leur possessivité. Je l’ai d’ailleurs observé avec ma fille : il suffit que l’un de ses amis joue avec un de ses jouets pour qu’instantanément son intérêt pour ce dernier soit quintuplé. Eh oui, cette balle délaissée depuis plusieurs mois devient subitement un objet avec lequel elle veut jouer, là, tout de suite, maintenant !

“Nous voulons que nos enfants connaissent le plaisir que l’on ressent à donner volontairement, de bon coeur. Mais obliger les enfants à partager ne fait que les pousser à s’accrocher encore plus à leurs affaires ”.

Jalousies et rivalités entre frères et soeurs – Adele Faber et Elaine Mazlish

Enfin, que le partage est une chose qui s’apprend et qui prend du temps avant d’être maîtrisée par l’enfant. Cependant, nous pouvons déjà initier notre  enfant aux vertus du partage en l’accompagnant dans l’apprentissage de deux notions: le droit de propriété et la frustration liée au fait de ne pas avoir ce dont l’enfant a envie.

“Il convient d’enseigner les deux dimensions complémentaire que l’enfant a besoin d’acquérir: le sens de la propriété et de ses droits: « Tu as le droit de garder pour toi. C’est à toi. » et la frustration et la reconnaissance des droits de l’autre. Mais chacun son tour n’est pas si simple est demande apprentissage ”.

J’ai tout essayé –  Isabelle Filliozat

A la suite de ces lectures, j’ai littéralement changé mon attitude lors des disputes de ma fille avec ses amis, au risque de passer pour une maman qui se plie aux 4 volontés de sa fille. Voici le comportement que j’adopte désormais :

Quand une dispute éclate, je revêt mon costume de négociatrice☺️: «  tu veux bien prêter ton puzzle à ton ami ? Il ne l’a jamais assembler et sera tellement content de le faire. Une fois qu’il aura terminé, il te le rendra et se sera à ton tour de jouer avec si tu veux».

Si à ce stade de notre échange, ma fille souhaite toujours garder pour elle ce fameux jouet (ce qui est le cas une fois sur 2), j’insiste en lui décrivant ce que ressent son ami de manière objective, sans la culpabiliser: « tu vois, je pense que ton ami est vraiment triste de ne pas pouvoir avoir ce puzzle, il a vraiment envie de jouer avec ».

Si cette dernière tentative est un échec, je finis par faire comprendre à son ami que ma fille souhaite garder ce jouet pour elle, c’est comme ça, qu’il ne faut pas qu’il lui en veuille, mais qu’un jour elle sera ravie de le lui prêter. Puis, j’incite ma fille à proposer à son ami un autre jouet qu’elle veut bien partager ou prêter.

Et puis, je n’oublie pas la valeur de l’Exemple, comme le décrit si bien Celine Alvarez grâce aux dernières découvertes en neuroscience :

“ Notre responsabilité est donc immense. Un beau matin, nous rions de voir nos enfants faire comme nous, parler comme nous, bouger et réagir comme nous : c’est souvent un moment particulièrement drôle, surprenant, voire difficile, car l’enfant nous renvoie en miroir les gestes ou les attitudes que nous lui avons enseignés sans le savoir, simplement en vivant à ses côtés. Nous pensons qu’il nous imite, mais il serait plus exact de dire qu’il manifeste à l’extérieur ce qui s’est encodé à l’intérieur. Il faut donc l’entendre, qu’on le veuille ou non, ce sont toutes ces petites choses auxquelles nous ne faisons pas attention qui structurent directement et sans aucun filtre, les capacités et les comportements de nos enfants. Nos attitudes préparent les leurs. Cela doit être dit, redit et entendu. Il nous faut maintenant agir en conséquence, aussi bien à la maison qu’à l’école”.

Les lois naturelles de l’enfant – Céline Alvarez

Nous essayons donc de lui montrer l’exemple :
– en lui proposant un morceau de notre tartine qu’elle convoite tant,
– en acceptant de lui prêter avec joie nos affaires,
– en l’associant lorsque je prête quelque chose qui m’appartient ou nous appartient à quelqu’un de notre entourage…

 

Comme vous le voyez, il ne s’agit pas de solution miracle mais d’une attitude bienveillante pour accompagner ma fille dans cet apprentissage qui demande du temps. Par cette posture, elle se sent protégée par nous, ses parents, et comprend que le sentiment qui l’anime est tout à fait normal à son âge. Pour terminer cet article, je vous invite à regarder ces deux documentaires. Les premiers pas vers l’autre nous permet de constater qu’il y a bien une phase charnière, vers 4 ans et demi, lorsque l’enfant prend conscience de son propre point de vue et de celui de l’autre. A partir de là, il est capable d’empathie cognitive, capable de se mettre à la place de l’autre, d’imaginer quelles peuvent être ses connaissances, ses intentions ou ses désirs. Cela lui permet de collaborer avec l’autre ou bien de le manipuler.

 

Le deuxième documentaire permet de voir comment l’empathie (cette capacité qui fait de l’humain un être social, capable d’adopter le point de vue d’autrui tout en restant lui-même ; et à l’origine du plaisir d’échanger, de s’entraider et de se comprendre) émerge dès la naissance et progresse au fil de l’éducation et du développement du cerveau: Entre toi et moi l’empathie

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