« Non »! : La phase d’opposition ou la voie vers l’autonomie 2/2

Ma fille a 22 mois, autant vous dire que nous sommes en pleine phase d’opposition. J’ai en plus de cela, la chance d’entendre ce mot en plusieurs langues : eh oui, c’est le premier mot en allemand qu’elle a prononcé : « Nein ! ». Du jour au lendemain sans même que je ne décèle des signes avant-coureurs, sans aucun changement dans notre vie ni dans la sienne, ma petite fille a commencé à protester avec un « nein » affirmé souvent, des pleurs parfois mais jamais par une séance de cris accompagnée par des figures de gymnastique en plein milieu d’un rayon de magasin. Le quotidien n’est pas de tout repos durant cette période. Nos nerfs, notre patience, notre self-control sont mis à rude épreuve. Quels comportements adoptés pour accompagner au mieux mon enfant? Le Docteur Régula Ziegler, pédiatre à Zurich depuis 25 ans, nous donne son point de vue dans cet article «Non!: La phase d’opposition ou voie vers l’autonomie 1/2» et voici quelques actions qui m’ont aidé à prévenir et réduire les colères de ma fille.

Au lieu de lutter, je l’ai responsabilisé

De nombreuses crises étaient liées au fait que ma fille voulait participer à la vie de la maison (cuisiner le repas par exemple) mais qu’on ne lui laissait pas la possibilité de prendre part à ces moments de la vie quotidienne. Pour prévenir ses frustrations, j’ai mis en place des petits aménagements et adopté certains astuces pour l’encourager à faire certaines tâches tout en l’aidant, au besoin. Vous pouvez les retrouver dans mon article intitulé Mes 7 astuces et routines pour favoriser l’autonomie.

Parfois, l’origine des crises étaient difficilement compréhensible pour nous. Elle ne voulait pas manger le goûter qu’on lui avait gentiment préparé, ne voulait pas s’habiller ou mettre ses chaussures. Un jour on a même eu le malheur d’éplucher et de mettre sa clémentine en quartier avant de la lui proposer, et là c’était le drame. Nous avons décidé là aussi de la responsabiliser en lui offrant la possibilité de choisir et de faire par elle-même.

Offrir des choix donne un peu de pouvoir à l’enfant car son opposition exprime souvent son désir de décider ou de faire par lui-même.

Le panier de fruits est maintenant à sa portée pour qu’elle puisse choisir le fruit qu’elle veut au goûter. Nous essayons au maximum de la laisser choisir entre deux paires de chaussures, deux pantalons ou le livre qu’elle souhaite qu’on lui lise au moment du coucher par exemple. Et quand elle souhaite s’habiller, se déshabiller ou se chausser toute seule, on l’encourage. Cela demande beaucoup de patience car pour l’instant, elle a encore des difficultés à enfiler ses vêtements et ses chaussures. D’ailleurs, ça finit souvent en pleurs parce que la demoiselle s’énerve de ne pas y arriver. Lorsque ça arrive, j’essaye de la rassurer, de prendre le temps de lui montrer et de l’aider car c’est la répétition des gestes qui l’aidera à franchir le cap.

La laisser exprimer ses émotions et l’accompagner

Je me rappelle de cette colère en rentrant de la crèche. Elle voulait absolument que je la porte jusqu’à chez nous. A quelques mètres de notre appartement, je lui ai demandé de marcher toute seule parce que j’avais les bras endoloris. C’était la chose à n’absolument pas faire ! Ma fille s’est transformée en une véritable guimauve, refusant de faire un pas de plus et s’est mise à pleurer, of course !

Je vous avoue que face à ce trop plein d’émotion, il m’est arrivé de m’énerver. Mais la plupart du temps, si elle a besoin de pleurer, de crier, de se décharger, on la laisse faire et on l’accompagne par notre présence, soit en la serrant dans nos bras en lui parlant doucement, avec empathie ; soit en étant juste à côté d’elle. Et quand le calme revient après la tempête, on lui explique la meilleure façon de se comporter la prochaine fois. Le Dr Cathrine Gueguen aborde ce sujet dans son livre « Pour une enfance heureuse » :

« Il est très facile d’avoir un enfant sage. Il suffit dès tout petit de ne pas l’écouter, de ne pas l’entendre, de ne pas répondre à ses demandes. L’enfant saisit très vite que ce n’est pas la peine d’appeler, car personne ne vient. Il refoule ses émotions, une partie de lui s’éteint. Il ne saura plus qui il est, quels sont ses besoins et ne demandera plus rien. En grandissant, ses parents auront des difficultés à connaitre cet enfant qui s’exprime si peu.

Par contre, quand ses parents écoutent leur enfant, l’autorisent à exprimer ses émotions, ses besoins, l’enfant sera « plus difficile » les premiers temps car il manifestera ses émotions: ses peurs, ses tristesses, ses angoisses, ses colères. Il ne les refoulera pas. Mais il saura affirmer aussi son bonheur de vivre, son émerveillement, sa gaieté, sa curiosité. Il sera plein de vie et emplira la maison de sa présence joyeuse. Au fil des années, les parents auront beaucoup plus de facilité et de bonheur à élever cet enfant épanoui, confiant, qui exprime ce qu’il est, ses besoins, ses souhaits et avec qui un dialogue pourra s’établir quand il rencontrera des questionnements ou des difficultés. »

Etablir des limites claires et constantes

Parfois, l’enfant veut tester les limites. Il tâte le terrain pour savoir si les « non » sont des « non non », des « non peut-être », ou des « non » qui ne demandent qu’à se transformer en « oui ». Du coup, si vous avez décidé de ne pas répondre favorablement à sa demande, maintenez votre position. Sinon, vous êtes foutu ! Votre enfant saura qu’en insistant, vous finirez par craquer.

Peu importe l’âge, les règles sécurisent et rassurent aussi les enfants, particulièrement si elles sont appliquées avec constance. Ils savent ainsi à quoi s’attendre et comprennent de façon claire ce qui est accepté et ce qui ne l’est pas.

Dur, dur le métier de parent ! C’est souvent difficile de trouver le juste milieu entre le besoin d’affirmation et d’autonomie de notre enfant et notre volonté de canaliser toutes ces émotions. Chez nous, nous avons défini des règles souples et malléables et d’autres, qui ne sont pas négociables. Avec mon conjoint, nous avons instauré des règles élémentaires en lien avec :

  • la sécurité (on ne joue pas avec les plaques chaudes du four ni avec les prises électriques, on donne la main à papa ou maman pour traverser la route),
  • la politesse,
  • le respect des autres (on ne tape pas les autres même quand on est contrarié ou en colère…) et des objets (on prend soin de ses affaires, de ses livres et on aide à ranger les jouets avant la sieste ou le coucher du soir),
  • l’hygiène (se brosser les dents après chaque repas, se laver les mains après chaque rentrée de balade…).

Et puis, il m’arrive souvent de me remettre en question sur certaines limites parfois fixer à la hâte : pourquoi cette limite ? Est-elle pertinente ? Et la réponse n’est pas toujours en ma faveur. C’est typiquement les limites que je lui impose parce que j’ai peur qu’elle se fasse mal : « Non, ne joue pas avec la porte, tu vas te coincer les doigts » ; « Non, ne saute pas sur le canapé, tu vas tomber et te faire mal » . Et interdisez à un enfant de toucher à un objet à sa portée qui l’attire dans la maison, il essaiera tout de même d’y toucher! Alors j’ai changé de stratégie. Au lieu de lui interdire par crainte, je lui fais prendre conscience du danger : « J’ai peur que tu tombes en sautant sur le canapé et que tu te fasse mal », « tu feras attention en jouant avec la porte à ne pas te coincer les doigts? ». Comme je l’ai déjà dit plus haut, parfois faire confiance à son enfant et lui confier des responsabilités l’apaise, le rend plus à même à nous écouter et nous faire confiance à son tour.

Je ne sais pas combien de temps cette phase d’opposition est censée durer, j’imagine que cela dépend de la personnalité de chaque enfant. J’ai l’impression que nous avons eu un pic aux alentours de ses 18-20 mois mais qu’aujourd’hui, elle est un plus apaisée : elle a intégré la majorité des règles de la maison, elle tente et nous teste moins et comprend les choses qu’elle peut ou ne pas faire. Je suis toutefois consciente que les crises peuvent ressurgir et s’intensifier à tout moment.

Et vous, comment vivez-vous cette période d’opposition avec votre enfant ?
Arrivez-vous toujours à identifier l’origine de ses crises ?
Quelles sont vos astuces pour l’accompagner et l’apaiser pendant ces moments ?

Pour vous accompagner dans cette phase, je vous recommande vivement la lecture des livres suivants :

Livres pour les parents:
J’ai tout essayé d’Isabelle Filliozat: Il permet de mieux comprendre les comportements difficiles des enfants en offrant une approche scientifique et des astuces très concrètes pour les gérer. Un must have !

Vivre heureux avec son enfant du Dr Catherine Gueguen: ce livre explique les dernières découvertes scientifiques sur le développement du cerveau de l’enfant. La pédiatre y donnent les bonnes attitudes à adopter au travers d’exemples très concrets sur des situations courantes de la vie quotidienne, exemples qui sont tirés de ses consultations.

Livres pour les enfants:
La couleurs des émotions: chaque émotion primaire est présentée sur une double page avec une pop up d’animation. A chaque émotion correspond une couleur et un univers à manipuler (la joie est jaune, la colère est rouge, la tristesse est bleue…). A partir de 3 ans.

Grosse colère de Mireille d’Allancé: Robert a passé une très mauvaise journée. Il n’est pas de bonne humeur et en plus, son papa l’a envoyé dans sa chambre. Alors Robert sent tout à coup monter une Chose terrible. Une Chose qui peut faire de gros, gros dégâts… si on ne l’arrête pas à temps. Un incontournable pour parler des ravages intérieurs de la colère. L’histoire est facilement compréhensible pour des enfants de l’âge de 2 ans.

 

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